Le BESTOUAN – La campagne de février 1993

Il n’était pas possible que l’aventure du Bestouan cesse aussi brutalement, il fallait insister pour découvrir un départ qui aurait pu nous échapper. Une nouvelle série de plongées a eu lieu en ce début d’année dans l’espoir de trouver une hypothétique autre branche.

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A 2440 mètres depuis la mer, une zone de turbulence m’avait intrigué. Et c’est là que je découvre une grande galerie parallèle avec un courant tout aussi violent que dans la galerie principale. Lors de cette exploration je me suis arrêté sur autonomie à 2590 m dans cette nouvelle galerie que je baptisais la « galerie du flou ». Quelques mois plus tard une nouvelle tentative m’amenait en surface à 2640 m depuis la mer.

Le samedi 20 février 1993, je pars sur le « Zeep » pour une nouvelle tentative en rêvant à une rivière aveugle exondée que je remonterai à grands pas. Ce jour-là, le débit n’était pas loin de l’étiage et le combat était moins rude qu’à l’accoutumé. Arrivé aux paliers de 2640 m, je trépigne d’impatience pour faire surface : je m’imagine posant mes blocs et courant dans la rivière sur des kilomètres jusqu’au méga-collecteur commun à Port-Miou et au Bestouan. Après 40 minutes interminables d’attente forcée, et allégé de tous relais, je fais surface. L’eau clapote et montre un fort débit, mais vite trop vite, je me rends à l’évidence, la suite du réseau est à nouveau noyé. La galerie immergée est un simple caprice du Bestouan, où la rivière coule en surface à pression atmosphérique sur une dizaine de mètres de long avant de replonger à nouveau. Cette cloche mesure une dizaine de mètres de long sur 3 ou 4 mètres de haut. Le sol est une trémie d’effondrement jonchée de blocs. Je scrute dans tous les sens. Rien de particulier, pas même le moindre graffiti paléolithique sur les parois. Aussitôt le spéléo déçu fait place au spéléonaute ravi de retrouver son siphon. Mon regard, depuis longtemps maintenant, n’a plus d’attention que pour la suite qui semble rapidement plonger en profondeur. Je réussis à franchir la galerie plus ou moins à la nage malgré les blocs qui affleurent la surface. Le nouveau siphon plonge à 45 degrés jusqu’à moins 30 m. Après avoir déroulé 240 mètres, je m’arrête sur mes tiers à 2890 m de la mer, à la profondeur de –31 m dans une galerie de 3 m de section dirigée plein nord. Le retour est rapide, tout le parcours à cheval sur le Zeep, je m’arrête 90 minutes dans la cloche de décompression, je suis en liesse tellement heureux de poursuivre en plongée l’exploration de la plus longue grotte sous-marine du monde explorée à ce jour.

Mars 1993. L’envie de poursuivre se faisant pressante, l’équipe des plongeurs provençaux a quelque peu bousculé son planning d’exploration pour placer une nouvelle tentative en mars. Le 20 mars avec une équipe bien rodée, nous équipons à nouveau la cavité. Les plus actifs sont une fois de plus Fred et Bobo. Nous amenons un bloc relais à 700 m, 2 à 1400 m et enfin 2 à 2000 m, dont une bouteille d’Oxygène pour les passages à moins de six mètres de profondeur de 1400 m et 2640 m.

Les pluies récentes ont sensiblement augmenté le débit rendant encore plus problématique la progression. Le Zeep met un peu plus de temps à me pousser jusqu’à 2450 m, là, où je le gare au confluent de la « Grande Galerie » et de celle du « Flou ».

Je retrouve rapidement mon dernier terminus et commençe à dérouler. Mon bi-20 était à 230 bars, de quoi faire du chemin, même si la rivière est à cet endroit au plus profond (-33). Après 50m de fil déroulé, une première mauvaise surprise m’attend : une trémie encombre partiellement la galerie et je dois me faufiler entre les blocs pour poursuivre. Celle-ci franchie, j’arrive à une nouvelle bifurcation. A droite, un départ semi horizontal est stoppé 10 m plus loin par une trémie infranchissable encapelé. Sur la gauche, un puits remontant sur près de 12 mètres me conduit dans une galerie horizontale cylindrique de 2 m de section. Le courant est terriblement violent. Pour avancer, je suis contraint de « marcher  » au plafond.
Vingt à trente mètres plus loin, la galerie s’évase et remonte légèrement pour former une nouvelle trémie. Il me semble voir une suite praticable avant de m’engager, mais ma présence décroche les particules en plafond, et je me retrouve vite coincé et obligé de pousser les blocs sous moi pour me dégager : tout cela à 3000 m de la sortie en mer. La suite tient lieu de la roulette russe. La raison m’oblige au demi-tour après 145 minutes progression, Le demi-tour est d’ailleurs une pénible marche arrière dans la touille la plus complète sur quelques mètres, le temps pour moi de quitter cette « satanée » trémie qui met un terme -au moins provisoire – à une aventure collective de plus de 10 ans.

Le retour, comme à l’accoutumé est rapide, malgré le forfait du Zeep vers 1000 mètres pour cause de batterie. Je rentre dans la cloche après 240 minutes d’immersion pour une décompression à l’oxygène de près de trois heures.

Marc DOUCHET

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